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Interview: RERO
24-02-2014



A l'occasion de l'exposition ERREUR DANS LE TITRE de l'artiste RERO à la Backslash Gallery, Maquis-Art a eu le privilège de s'entretenir avec l'artiste, que nous remercions pour nous avoir accordé du temps. Retrouvez également notre article sur l'exposition en cliquant ici. 


Maquis-Art:

Dans ta nouvelle exposition (chez Backslash Gallery), on constate que ton concept a encore évolué, la matière prend plus de place, est-ce que tu pourrais nous présenter ce travail ? Est-ce une continuité de ces fameux mots rayés de RERO ou est-ce que il y a une rupture avec ce que tu as fait avant
?



RERO:

C’est une continuité, le mot n’est plus en premier plan.
La matière a toujours été importante pour moi. Dans cette exposition, elle est soit en confrontation, sous forme de diptyques, soit indépendante. Il y a la matière d’un côté et la forme texte de l’autre. Pour certaines pièces, la matière comme le texte peuvent vivre séparément. Le message prend tout son sens en confrontation avec la matière.
Pour les œuvres « cartels », on est sur une proposition qui n’est pas du tout plastique. C’est un concept à l’état pur, ce n’est pas du tout une pièce sensuelle.
Sur certaines pièces, il n’y a pas du tout de matière, on est plus sur des jeux visuels liés à la texture : Sur les œuvres sur support braille et panneaux solaires, le message barré n’est pas du tout visible. Sur les aciers rouillés la texture est très importante. C’est ca qui fait la différence entre une photo et l’œuvre en vrai. On aura beau prendre la matière en photographie ça donnera toujours un aspect très lisse. Même si des artistes pourraient penser que c’est une façon assez rétrograde de travailler, ce n’est pas archaïque mais le rapport à la matière n’est pas forcément progressif comme des vidéos ou des médiums plus à la mode. Quand j’utilise la porte de squat, la texture aussi y est importante. Ce qui m’attire le plus dans les lieux abandonnés c’est la texture. J’essaie de retranscrire cette ambiance sur un autre angle dans mon travail d’intérieur. Je ne peux pas dire que c’est une nouvelle direction mais c’est vrai que le texte est peut-être moins frontal par rapport à mon travail dans les lieux abandonnés ou ce que j’ai fait dans le passé. C’est un peu plus poétique.
On a vraiment vu que ton concept s’est renouvelé…
Oui complètement ! C’est surtout que ça a ouvert plein de portes. À un moment où je me posais aussi des questions. A savoir : ou est-ce-que je voulais aller ? et bien je me suis dit qu’en fait c’est juste un langage. Le texte barré est un outil que je peux le faire évoluer sous plein de formes à l’infini. C’est juste un outil, un langage, un décodeur…une façon d’ingurgiter le monde, je le gère de cette manière et je le réinterprete avec mon texte barré. Le concept pourrait s’essouffler mais en fait pas du tout. Au contraire, je me dis que je pourrais continuer, j’ai encore quelques années, peut-être le travail d’une vie où je peux encore expérimenter, rechercher, c’est un vrai travail de labo.

M-A: 


Tu nous présentais ta biographie le jour même du vernissage, quel rôle a joué cette introspection sur ton travail ?


RERO:

Ca a été hyper important. J’ai fait un travail d’introspection, où je me demandais ce que j’avais fait pendant 3 ans. C’est très dur d’avoir à faire un retour sur le passé et en même temps de se dire que tout ce que j’ai vécu et tout ce que j’ai produit, là je dois le digérer et le réinterpréter dans mes nouvelles pièces. Ca m’a fait prendre conscience que ce n’était pas juste un acte spontané. Au départ quand je le faisais, c’était de manière très spontanée, je ne savais pas du tout où ça allait. J’avais juste le besoin de coller des affiches dans la rue, d’aller dans des lieux abandonnés et je me créais mon histoire mais sans savoir vraiment l’issue du processus. C’était très spontané, j’allais dans un lieu abandonné, je ne savais pas forcément où j’allais poser mes lettres. J’avais tout mon alphabet donc je m’adaptais un petit peu à la situation. Il n’y avait pas la notion psychologique sur laquelle je travaille aujourd’hui.

M-A:


Ca te demande plus de temps ?


RERO:

En préparation oui. En réalisation ça ne change pas. Une fois que la pièce est conceptualisée dans ma tête, le temps de réalisation ne change pas. Tu jettes des pièces qui ne sont pas abouties, tu fais des expérimentations comme dans un laboratoire puis tu sors ce qui te parait plus cohérant. Ca m’a surtout permis de voir qu’il y a des actes spontanés auxquels on ne donne pas de sens et puis avec le temps on se dit « tiens c’est pas un hasard si j’ai fait ça ». Je réalisais des travaux de manière inconsciente puis une fois que je revenais sur tout ce que j’avais fait, je trouvais un lien entre tous mes travaux. C’est ce lien qui m’a donné envie de relier tout le travail d’intérieur et d’extérieur. Ce lien représente des concepts, des thématiques qui sont très fortes dans mon travail. Que je sois à l’extérieur ou en intérieur on les retrouve d’une manière différence.
En cessant de travailler dans la spontanéité, tu n’as pas peur de dénaturer tes œuvres ? Non, c’est plus le même travail de recherche, les œuvres évoluent. Quand je revois des pièces du début, c’était beaucoup plus spontané, j’ai tendance à dire « crade », c’était moins maîtrisé. Ca évolue aussi avec toi-même. J’ai un peu plus conscience de l’espace, j’ai un peu plus conscience de ma manière de travailler, j’utilise de nouvelles techniques, je suis un peu plus à l’aise. Avant, c’était de l’expérimentation, j’y voyais pas forcément l’issue. Maintenant je le vois car j’ai plus d’impact, je suis plus écouté. Au départ, c’était juste une passion, je ne recherchais pas ce que ça allait apporter. Et maintenant je me dis « finalement en faisant tout ça, tu t’es construis une histoire, tu t’es construit une aventure ». Ce livre a permis de réunir toutes ces aventures.

M-A:

C’est une double création ?


RERO:

Ouais complètement.

M-A:


Est-ce que le fait que tu te consacres à l’art maintenant, ça fait que tu inverses le processus de création comme tu nous le dis. Avant, quand tu allais en extérieur c’était spontané. Tu avais ton alphabet et maintenant tu penses à l’œuvre et ensuite tu l’as fait. Est-ce que tu penses que cette maturité artistique t’a permis d’inverser le processus ?


RERO:

Oui, et puis je m’accorde plus de temps, je ne travaille plus dans l’urgence. Par exemple pour aller en Allemagne de l’est, j’avais une semaine, il fallait faire tant de lieu en tant de temps, il fallait optimiser. Maintenant je prends plus de temps parce que je me dis que ce n’est pas grave je peux le faire plus tard. A mes débuts, il y avait la notion d’urgence et celle de la spontanéité.
Aujourd’hui, je me dis, qu’une fois qu’elle est conceptualisée tu peux aller dans l’urgence pour avoir cette condition de spontanéité. La phase de conceptualisation est plus longue.
Oui c’est une maturité, je m’intéresse beaucoup plus à l’art contemporain qu’avant. Je visite beaucoup plus de musées. Dans mon enfance, je n’ai pas eu une culture artistique très forte. C’est aussi ça que j’aime dans le Street art, ça te permet de te construire un objectif très rapidement et tu n’as pas besoin de milliards de codes, de te plonger dans des milliards de bouquins pour pouvoir réussir à interagir avec tout le monde. C’est ça qui m’intéresse le plus. Aujourd’hui, j’ai envi de passer à une autre étape et finalement maintenant « tout ce que tu as eu envi de faire en extérieur et bien tu peux te le faire murir dans d’autres lieux. Je suis plus à l’aise avec mon langage donc je peux plus facilement l’adapter à d’autres situations. C’est pour ça que je suis allé en pleine nature sur des lieux où l’on ne m’attend pas. J’ai l’impression d’avoir un peu muri.

M-A:


Est-ce que tu peux nous parler de ces influences, tu dis que tu t’intéresses beaucoup plus à l’art contemporain.

RERO:

Oui complètement. Je me suis intéressé à « l’art », par le graffiti. Je recopiais bêtement le style américain en faisant des graffs tout simples. J’avais l’impression qu’il fallait faire ça pour pouvoir faire de l’art. Au bout d’un moment je me suis dit « mais mec t’as pas vécu dans le Bronx, t’as pas vécu dans les années 80 où ça avait vraiment du sens selon moi ». J’avais l’impression que je me mentais un peu, que je reproduisais un mouvement plus cohérent à notre époque à Paris. J’ai commencé à faire mes textes barrés. Au départ le trait était très fin et je l’ai affirmé de plus en plus.
A présent, les expos qui m’intéressent le plus sont celles liées à l’art contemporain. Pour moi, l’exposition Intra-Muros de Nice est la plus belle expo qui a existé. Ils avaient fait une expo à Nice au MAMAC que sur le mur et ils n’avaient invité aucun artiste issu du graffiti et du Street. Il y avait des gens issus du contemporain qui poussent encore plus loin la question du mur, la question de la barrière, la question d’enfermement. J’avais tendance à le traiter comme une page blanche. C’est souvent ce qu’on faisait lors des grosses sessions murales, on repeignait d’un coup, c’étaient des liens sociaux entre les artistes mais c’était pas forcément une interaction directe avec le support. On ne questionnait pas, que ça soit un mur ou une palissade n’était pas important. Extra-muros a eu une grande influence sur mon travail.

M-A:


Et des artistes en particulier ?



RERO:

Oui, je pense à Tania Mouraud que j’admire, elle a justement fait le processus inverse. Elle était enfermée à l’intérieur elle est allée vers l’extérieur. Comme Daniel Buren, comme tous ceux qui ont fait beaucoup d’installations en extérieur et qui ont aussi un travail d’intérieur. Ils créent des passerelles entre les deux mais dans l’autre. Ce ne sont pas des gens qui ont travaillé dans la rue et qui sont rentrés dans des espaces clos par la suite.

M-A:

Il y a Basquiat aussi qui utilisait les mots rayés ?


RERO:

Oui Basquiat que j’adore aussi. Lui c’est clair il utilise le texte barré de manière spontanée. Il s’agissait d’une manière manuscrite. Il écoutait un mot à la radio, il le marquait sur la toile, il le barrait. Il y a un côté plus libéré que moi, on ne fait pas passer le même message.

M-A:


Est-ce que tu connaissais leurs travaux et tu t’en es inspiré ou est-ce que tu as découvert ça après avoir commencer à créer?


RERO:

C’est après que j’ai découvert tout ça mais j e n’ai rien inventé, j’ai tout simplement repris le mot barré de Word. Comme Space Invader qui reprend un jeu vidéo, c’est souvent une identité qu’on systématise. Mais le texte barré n’est pas une invention, c’est quelque chose d’hyper simple. Mon travail est volontairement assez pauvre dans la proposition plastique. C’est l’interaction entre le contexte, le lieu ou la matière qui donne du sens à quelque chose qui est assez pauvre. Ce n’est pas de l’arte povera mais c’est quelque chose qui est assez accessible. Tout le monde peut faire ça.
C’est en voyant un documentaire sur la vie de Basquiat que j’ai découvert son utilisation des mots barrés. Basquiat disait « je barre les mots pour qu’on s’y intéresse d’avantage ». Le fait qu’ils soient barrés donnent envie de les lire.
Même s’il ne s’agit que de quelques décennies, Basquiat ne questionne pas l’informatique. Ce n’est pas la même période. La façon dont Basquiat le faisait, c’est une manière d’interpréter mon boulot. Dans mon travail, le fait qu’il soit barré c’est une polysémie. Il y a plein d’interprétations qui sont différentes. Parfois je le vois comme l’inverse de ce qui est écrit, je le vois comme une autocensure, je le vois comme une dénonciation de quelque chose que je ne pourrais pas dire si ce n’était pas barré. Il y a plein de lectures différentes.
J’adore le travail plastique de Basquiat. C’est tellement spontané. Au début quand je faisais mes exercices de style avant de trouver un peu mon langage, j’ai aussi tenté des choses avec des textures mais je n’avais pas son talent pictural.
Ce qui m’a inspiré, c’est la manière dont il pouvait aller en rue. Il marquait des phrases. Et ça je trouve ça vraiment plus fort. Je trouve ça génial, c’est presque des anonyme qui foutent un mot. Même si ce n’est pas anonyme au final, mais ce n’est pas juste une signature. C’est un message autre que publicitaire. C’est une phrase qu’on attend pas. Elle vient de manière intrusive dans ta vie, tu marches et tu te retrouves face à une phrase. Tu n’as pas fait la démarche de voir cette phrase là.

M-A:


C’est vrai qu’on ressent particulièrement cette relation avec l’informatique dans ton travail, notamment à travers la phrase « PAGE NOT FOUND » sur un mur.



RERO:

C’est clair que je trouve ça super important, l’informatique est une vraie révolution. Même si ce n’est pas une nouveauté.

M-A:


C’est ta génération qui l’a vraiment découvert.


RERO:

Oui complètement. C’est ce que je vis derrière mon ordinateur. Je me dis « finalement tout ce que je fais en extérieur pourrait être sur Photoshop ». Et bien non, mes travaux gardent tous leurs défauts. On voit les défauts de mes œuvres. Je veux imiter un maximum l’ordinateur mais de manière humaine. Ce qui est important c’est de dire « ne soit pas devant ton ordinateur, prend ton courage, va dehors, va raconter le réel et tu peux te servir de l’outil ordinateur pour appréhender le réel mais le virtuel ça ne suffit pas ». Ce n’est pas la représentation à travers un écran qui donne du sens, au contraire, il faut aller en extérieur. L’outil informatique permet de gagner du temps, de moins travailler. Je trouve ça aussi intéressant d’être en relation avec les autres et d’utiliser la machine comme un gain de temps pour moins travailler.
Je trouve que faire de l’art c’est aussi une manière assez fainéante de prendre partie de la vie. L’informatique, avant que ce soit une aliénation, c’est d’abord un outil qui me permet de gagner du temps sur les choses essentielles de la vie. C’est clair que c’est le nœud central de mon travail. What you see is what you get. Ce que tu obtiens à l’écran est différent de ce que tu obtiens dans la réalité. Il y a un décalage.
C’est intéressant ce contraste avec la matière qui est expérimenté dans la réalité… La matière, elle, est vivante et en même temps elle est déjà morte à partir du moment où on l’a mise sur une toile ou sur un support.

M-A:


Et tu lies les deux…


RERO:

Oui, c’est quelque chose qui peut paraitre surprenant pour certain, c’est étonnant on se dit « merde y’a quelque chose qui va pas » alors que si justement je mettais une proposition plastique sur la matière ou sur du dessin académique ou classique et bien peut-être qu’il y aurait moins ce contraste entre le virtuel et l’expérience.

M-A:


Tu es aussi perçue comme un artiste pédagogue.


RERO:

J’aime beaucoup la pédagogie.
Ce n’est pas une priorité par contre j’aime beaucoup l’idée de transmission, c’est très important pour moi. Comme je n’ai pas beaucoup eu l’occasion d’aller dans les musées. Je n’ai pas vraiment fait d’écoles d’art, j’ai seulement fait une année de graphisme. Je n’ai pas eu l’impression qu’on m’ait transmis une éducation artistique. C’est hyper important de dire qu’il y a d’autres accès que ceux élitistes ou classiques. Je pense qu’on peut avoir un accès à la culture par d’autres manières.
Une œuvre peut paraitre froide. Quand j’essaye de faire une proposition plastique il y a toujours un premier accès instantané mais on arrive pas à déterminer de manière consciente ce que la pièce raconte, c’est un peu le côté autour. Ma proposition n’est pas purement conceptuelle car la forme est aussi importante que le fond. Et c’est un équilibre entre les deux.
Dans ma pédagogie, il y a toujours un accès frontal puis si tu passes un peu plus de temps à analyser la pièce et bien, il y a toujours un double ou un triple sens derrière. Je ne dis rien mais je peux expliquer la piste que j’ai donnée. Sur une œuvre, j’utilise le livre en braille. Je mets des pièces ni lisible par les non-voyants et en même temps les voyants ne peuvent pas voir ce qu’il y a écrit derrière.
C’est aussi un clin d’œil pour moi à Villeglé qui arrachait des affiches avec pleins de mots. Et bien ici, ce sont plein de mots qui sont invisibles pour le non-voyant et pour le voyant. On se demande ce qui est écrit, on se rapproche, on voit des ombres. « Ils ont des yeux mais ne voient pas, Je ne peux pas en croire mes mots », clin d’œil à je ne peux pas en croire mes yeux et « Ne me dis pas la vérité ». Est ce que finalement le mot c’est peut-être un mensonge ou une vérité ou est-ce que ça serait peut-être pas plus intéressant d’avoir une image. Le mot est peut-être dissimulé dans le non mot. Mais ça je ne l’explique pas. Le soir du vernissage on parlais de plein de choses.

M-A:


Oui c’est vrai que tu étais plus porté sur nos réactions.


RERO:

Je préfère voir comment les gens réagissent. J’ai ma propre perception, le mec fait ce qu’il veut de mon œuvre. Je fais toujours en sorte qu’il y ait une première sensation assez inconsciente. On s’interroge mais on ne peut pas dire qu’elle est le sens encore de cette pièce. C’est ça qui me plait. Ce n’est pas la froideur d’une pièce purement conceptuelle. C’est ce que je reproche parfois à d’autres artistes. Quand je réfléchis à une proposition je recherche quelque chose qui soit de l’ordre de l’inconscient, pas forcément quelque chose qu’on analyse. J’aime bien le rapport plus direct à l’œuvre.

M-A:

Ce premier rapport plus spontané que tu avais quand tu créais à tes débuts…


RERO:

Oui plus avant que maintenant, aujourd’hui c’est plus maitrisé. Avant je n’avais pas la culture.

M-A:

Maintenant tu recherches cette spontanéité chez celui qui vient voir ton œuvre ?


RERO:

Oui c’est ça. Mais on retrouve toujours des petits défauts dans mes œuvres que je trouve super important pour montrer la forme humaine. Il y a des trucs que je pourrais découper au laser, ça serait plus clean mais en même temps je trouve qu’on perdrait ce côté de la digestion humaine. Je souhaite que la pièce soit digérée avant qu’elle soit produite. Mais c’est aussi ce qu’on perd quand on a un néon, un néon c’est hyper froid, ça se veut hyper distant. C’est ça qui me plait aussi sur certaines pièces. Mais avec certaines pièces j’ai besoin d’un rapport charnel. Que ça soit beaucoup plus expérimenté par les personnes…
Oui que tu le digères, le temps que tu passes dessus c’est du temps que tu digères. Bon le néon ce n’est pas moi qui vais souffler dedans, je le fais seulement le conceptualiser et ensuite je le fais faire. C’est comme un mec qui fait un tirage photo, ce n’est pas lui qui va le contre-coller, mettre un plexi etc.… L’objet final est manufacturé. La question c’est: qu’est-ce que toi je mets d’intellectuel et presque de spirituel…la dimension artistique que je mets là-dedans.

M-A:

Tu as travaillé dans une imprimerie il me semble. Est-ce que ton ancien travail influence sur ta création aujourd’hui et ta relation au mot ?



RERO:

Oui toujours. Au début, j’étais croûtard, je faisais des expérimentations de peinture et je mettais des textes. Tout ce qui se fait de mauvais dans le Street où l’on met des amas de coulures, de pochoirs, de texte... Je l’ai fait pendant un moment. Je mettais souvent une image pochoirisée ou peinte et un texte à côté. Ensuite je me suis complètement séparée de ça. J’ai bossé dans l’imprimerie où là j’avais ce rapport à l’impression, ce qui allait sortir et ce qu’on pré-visualisait à l’écran.
Pour moi ça a été très important. Maintenant je me rends compte que j’en sors. Si cette exposition est un peu différente des dernières, c’est justement parce que j’ai plus du tout ce contact avec l’imprimerie. On en a l’exemple avec ces cartels qui n’ont plus rien à voir avec l’imprimerie, qui sont plus liées au questionnement du monde de l’art que des questionnements sur l’imprimerie. Mais c’est clair que l’imprimerie reste une grande influence. C’est lié à la machine, c’est lié au logiciel, à Photoshop, à Illustrator.

M-A:

L’imprimerie semble représenter une norme que vous utilisez et vous en sortez…


RERO:

Oui il y a une norme, complètement.
Au début je faisais mon travail dans des lieux abandonnés et au bout d’un moment j’étais attendu dans les endroits abandonnés, on m’attribuait les lieux abandonnés. J’ai eu envie de montrer que non, mon travail ce n’est pas que dans des lieux abandonnés que ça fonctionne et c’est là que ça va donner du sens. Je suis allée en pleine nature. Les gens ont flippés au début. J’étais invité à faire des peintures dans pleins de petits villages et on construisait des murs pour pouvoir en faire des peintures. Je leur disais « non mais ce n’est pas ça qui m’intéresse, on est en pleine nature et bien allons-y, on va aller foutre des textes en pleine nature. On ne va pas faire un faux laboratoire d’analyse alors qu’on a un terrain de jeu énorme ». Il fallait juste trouver la manière de le faire. J’ai fait les trucs en bois, on les a posé et puis on a vu que ça pouvait avoir autant de sens en pleine nature que dans d’autres endroits. E bien ça c’est aussi parce que j’ai quitté l’imprimerie en voulant casser des codes et c’est vrai qu’en pleine nature on m’attendait pas. Certaines personnes pensaient que ça allait être pourri. Finalement il en sort une nouvelle poésie que moi, personnellement, je n’imaginais pas. Je le vois avec la pièce du GR (Grande Randonnée). Ce sont des pièces que je n’aurais jamais pondues si j’étais resté en lien avec l’imprimerie. Il faut jamais fermer des portes et jamais se dire « c’est une mauvaise idée ». Le seul danger c’est le risque que ça devienne une carte postale. Et souvent c’est un peu ça le risque où je suis. Ca doit rester une pièce un peu dérangeante, qui pose des questions.
La pièce du GR, ce n’est pas forcément une pièce compréhensible, c’est une pierre de GR. En gros les GR ce sont les grands randonneurs. Quand on est en pleine campagne, il marque le parcours par des petites traces de peintures. Ce sont les seules traces de peinture qui sont visibles en pleine nature mais qui te marquent le passage que tu dois suivre. Je voulais que ça fasse le lien avec mes pièces en nature où justement là tu te balades en pleine nature et on te dit « tu dois aller suivre tel chemin » un chemin qu’un humain a établi pour que ça soit sécurisé et qu’on passe tous par la même route. On a un GR qui dit « ne passez pas », c’est la croix rouge et blanche. Après tu as un stop trottoir et le « stop trottoir », ce sont des toiles. La toile qu’on met au mur et qu’on sacralise. La j’y mets un stop trottoir comme dans la rue. C’est un clin avec ce qu’on fou dans la rue en opposition avec la pierre qu’on fou en pleine nature. Et après c’est la nature qui préfère les détours aux impasses. Ici, il est caché derrière une toile, un genre de monochrome en texture blanche. C’est toujours pour questionner cette idée de parcours. Les traces que l’humain laisse dans la peinture pour montrer le chemin. Et bien c’est pareil les traces de peinture qu’on met dans une galerie et qui viennent te dire « c’est peut-être un autre chemin qu’il faut employer et développer ». C’’est vraiment une pièce qui me détache du travail d’avant. Le foreword, les papiers lacérés, là aussi il y avait cette idée de barrière psychologique. Ces barrières psychologiques qui interviennent dans pleins de domaines. Par exemple, même à Paris ca peut être compliqué d’aller voir une expo. Quand je fais mes oeuvres dans la rue, les gens ne décident pas de voir des œuvres. Ils passent par hasard. Ici ils font la démarche de venir et même en faisant la démarche de venir tu auras une barrière psychologique à franchir. Cette barrière psychologique on peut l’analyser comme une culture ou comme les codes qu’on se met à soi-même, les barrières qu’on se fou. Je n’essaie pas de définir un seul type de barrière.

M-A:

On te place dans la catégorie « art urbain », est-ce que tu te considères toi-même comme un artiste urbain ?


RERO:

C’est clair que c’est mon premier contact avec l’art. Parallèlement je me sens pas familier au Street art dans le sens où le Street art pour moi c’est un moyen d’expression, c’est pas une expression artistique. C’est juste un moyen artistique. Si tu n’as pas la culture, si tu n’as pas d’accès directement à l’art et bien, c’est un moyen rapide de s’exprimer.

M-A:


On a vu tes résultats dans la dernière vente Artcurial, ils ont été assez bons…


RERO:

Oui ça me rassure, ça veut dire que j’ai les collectionneurs qui sont derrière moi.

M-A:


Qu’est-ce que tu penses du marché et quelle place ça a dans ta création ?


RERO:

Par rapport au Street art je trouve qu’il y a des prix aberrants. Il y a des artistes contemporains qui ont une histoire très forte, ils ont 20 ans derrière eux et ce sont des mecs qui ne valent rien sur le marché. Pourtant ils ont ont apporté tellement de choses dans l’histoire de l’art. Je pense qu’on brûle un peu les ailes de pas mal de choses. Concernant ma place sur le marché, j’ai de la chance car si je n’avais pas des collectionneurs qui étaient derrière moi l’aventure s’arrêteraient ici. Ca voudrait dire que je ne pourrais pas aller en extérieur, je ne pourrais pas aller en exposition, tout mon travail de laboratoire serait fini. Heureusement qu’il y a des collectionneurs. Alors il y a des institutions qui nous font bosser mais ce n’est pas le contribuable directement qui me fait vivre, c’est pas les subventions. Ce sont des mécènes privés qui trouvent un intérêt à prendre part à l’aventure. Donc heureusement qu’il y a des mecs qui peuvent financer qui y trouve un intérêt et qui disent « je participe à l’aventure ». Après, il ne faut pas non plus imaginer que c’est vital parce qu’il y a des aberrations. Je ne trouve pas ça normal qu’en prétexte « qu’on fasse quelque chose en extérieur ça donne de la valeur à l’intérieur ». Par rapport à la vente d’Artcurial je suis content, je me dis juste « cool l’aventure continue », ça veut dire qu’il y a une répercutions, il y a des gens qui y trouvent du sens. Ca tombe aussi un moment où par rapport à la monographie, c’est une aventure. Ca fait part à l’aventure. Si j’avais pas de gens pour me soutenir, ça serait fini. Je veux bien faire des œuvres avec des bouts de bois mais il y a un moment, quand tu veux faire des encadrements tu es tributaire du marché. Donc c’est une balance entre tout ça.

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